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J’ai fait la connaissance de cette jeune personne,
entourée de ses parents et de son fiancé. C’est une jeune infirmière
atteinte d’un cancer foudroyant. Son état s’aggrave rapidement. Elle a
gardé espoir jusqu’au bout et a fait tous les traitements possibles.
Malheureusement, il n’y a plus rien à faire. Etant du métier, elle sait
comment cela se termine et ne désire en aucun cas finir sa vie dans des
souffrances insupportables ou inconsciente. Alors, elle fait appel à EXIT
A.D.M.D. Suisse romande.
Comme à chaque fois que je reçois un dossier et que j’en prends
connaissance, je suis bouleversée. Je me mets à la place de la personne,
de sa famille. Ce n’est jamais facile et chaque accompagnement est
différent et unique.
Ce jour-là, j’ai de l’avance. Je lui téléphone pour l’avertir que je suis
déjà là...elle me dit "venez vite, je n’en peux plus" !.
Ses parents, qui vont perdre leur fille unique, son fiancé et une amie
m’accueillent.
Ils ont tous passé la dernière nuit auprès d’elle à regarder des films, se
remémorer les bons moments, les souvenirs et à prendre congé.
Je me dis à chaque fois, quand je suis en route, tu seras forte, tu n’as
pas le droit de pleurer vis-à-vis de la famille, mais là l’émotion me
submerge.
Il y a tant d'amour !
Je lui repose une dernière fois la question "êtes-vous certaine de vouloir
partir" ? Et comme à chaque fois la réponse est un grand OUI.
Il est vrai que nous sommes toujours attendu(e)s avec impatience et
reconnaissance !
Alors, je l’aide à mourir dignement, entourée de ses proches.
Pour la famille c’est toujours très difficile, je suis là aussi pour eux,
pour les consoler et faire face à leur tristesse.
Une fois les autorités et les obligations légales terminées, je prends
congé de la famille. Des fois elle désire que je reste encore pour parler,
écouter. Et des fois elle a besoin de se retrouver seule, alors je les
laisse. Je regagne ma voiture pour rentrer à la maison et je me remémore
cette journée qui fût difficile ...
Gabriela Renaud
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Une assistance au suicide dans un
alpage
Accompagnatrice : Mme Christiane Boulay
J'ai rencontré pour la première fois
Monsieur B., lors d'une belle journée d'été, il avait élu domicile
dans un alpage où il vivait seul, avec un minimum de confort, sans
eau, ni électricité, son seul lien pour communiquer avec l'extérieur
était un téléphone mobile (Natel), mais il m'a semblé heureux d'être
là, puisqu'il m'a fait comprendre que ce serait à cet endroit qu'il
souhaitait finir sa vie.
On m'avait prévenue que c'était un
cas urgent, M. B., âgé de 60 ans, était atteint d'un cancer avancé de
l'estomac, avec des métastases un peu partout, y compris dans le foie,
mais il ne voulait pas de soins palliatifs. |
Il vivait seul, aidé seulement par un ami qui lui
faisait ses courses et son médecin qui venait le voir régulièrement.
Monsieur B. avait une apparence soignée, bien rasé,
habillé correctement, en un mot, il ne se laissait pas aller, d'ailleurs,
lorsque son état le permettait, il m'a expliqué qu'il rassemblait toutes
ses forces et qu'il allait se laver dans une rivière, située à une
centaine de mètres de son chalet.
Installé sur sa chaise à bascule, son endroit préféré,
cet artiste peintre qui était attiré et influencé par le bouddhisme, était
entouré de ses nombreux tableaux.
Il a été heureux de me montrer quelques-unes de ses
œuvres et j'ai eu d'emblée un bon contact avec lui.
Malheureusement Monsieur B. qui avait attendu le plus
longtemps possible souffrait de plus en plus, malgré les médicaments. Il
n'arrivait d'ailleurs presque plus à manger et même boire devenait
difficile. Compte tenu de son état, je n'ai pas été surprise lorsqu'il m'a
demandé que cette assistance se fasse le plus rapidement possible.
Après un long entretien, j'ai pu me rendre compte de sa détermination et
nous avons fixé, d'un commun accord, la date de son auto-délivrance.
3 jours plus tard, vers la fin du mois de juillet, je suis revenue le
voir. Il était environ 9 heures, la journée était ensoleillée, l'endroit
particulièrement resplendissant.
Imaginez ce que doit ressentir un peintre, qui sait qu'il regarde pour la
dernière fois ce décor d'alpage exceptionnel, avec une luminosité
particulière et des couleurs éclatantes !
Je lui ai demandé s'il souhaitait repousser cette date fatidique et
attendre encore un certain temps, mais il m'a dit qu'il était vraiment
arrivé au bout de sa résistance, qu'il était plus que jamais, déterminé,
lucide et content que ce calvaire cesse enfin.
Il m'a expliqué qu'il était épuisé mais satisfait d'avoir réussi à se
rendre jusqu'à la rivière, ce qui lui a permis de se laver. C'était
important pour lui !
Deux personnes étaient présentes : son médecin traitant, que je félicite
d'ailleurs d'avoir été là et un ami sur qui il avait toujours pu compter.
Monsieur B. m'a dit qu'il avait 3 souhaits :
- Avoir en face de lui, jusqu'à la dernière minute, l'un de ses tableaux,
qui représentait 2 montagnes à chaque extrémité, rattachées l'une à
l'autre par une corde, sur
laquelle il y avait un vélo. Cette oeuvre symbolisait, à ses yeux, le
passage de la vie à la mort.
- Mourir sur sa chaise à bascule, qu'il affectionnait tant.
- Que je lui donne rapidement la potion, car il ne voulait pas que cette
attente soit trop longue.
Je lui ai donc donné l'anti vomitif, puis quelque temps après, j'ai
préparé la potion létale, qu'il a bue sans hésitation.
Parmi les moments marquants que j'ai gardés en mémoire, une image est
toujours présente, c'est celle de cet artiste qui accompagnait ses paroles
par des gestes et qui, après nous avoir raconté quelques anecdotes, a levé
sa main comme s'il allait peindre une dernière fois et l'a posée ensuite
sur l'autre, avant de s'endormir pour toujours !
Comme lors de chaque autodélivrance, je suis partie très éprouvée, mais
avec la certitude d'avoir aidé un être humain, condamné par la maladie, à
mourir paisiblement, comme il le souhaitait !

Ce texte a été rédigé suite à un entretien avec
Mme Christiane Boulay
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Témoignage d'un accompagnement à Neuchâtel
Accompagnatrice et rédactrice : Mme
Dominique Roethlisberger Demain, comme d’autres
fois, j’accompagnerai une personne (avec la Dresse Daphné Berner, bien
connue).
Je le sais depuis plusieurs jours. Depuis que la date a été fixée, cela
s’impose tranquillement à moi. Je me prépare,
comme Daphné, afin que le dossier soit prêt, pour la police, pour la
justice, pour le médecin, en toute légalité, en toute
transparence.
Nous rencontrons celle ou celui qui veut mourir une première
fois, parfois deux. |
Lorsque quelqu'un souhaite mourir c'est parce que sa qualité de vie est
devenue exécrable, c'est parce que ses douleurs sont intenses et
permanentes, c'est parce qu’il y a une telle dépendance dans toutes les
sphères intimes qu’elle ou qu'il n’en peut plus
!
Personnellement, je sais tout cela et je suis convaincue de cette notion
de dignité dans ce dernier parcours : il me semble évident que chacun
devrait pouvoir choisir quand et comment il souhaite mourir, lorsque la
vie devient intolérable.
Demain, j’accompagnerai donc cette personne et je serai face à moi-même,
en me disant : elle ne peut plus vivre ainsi. C’est elle qui l’a
décidé et je la comprends.
La veille, je vis normalement. Il n’y a pas d’inquiétude particulière, ni
de tension. Je veille à me coucher tôt pour être debout aux premières
heures, au meilleur de ma forme.
Lorsque le jour se lève ; je me suis organisée pour être libre de tout
engagement afin d’avoir le temps. Je suis sereine : je me dois d’y aller.
Je ne suis pas inquiète.
Je vais chercher Daphné. Nous allons prendre le produit chez le
pharmacien et nous partons à l’adresse que nous connaissons déjà.
Nous retrouvons alors la personne souffrante, la famille, les amis,
parfois des soignants et quelquefois un religieux. Jusqu’au bout, la
personne peut changer d’avis. Nous le lui redisons.
Ce qui est extraordinaire (dans le sens extra…ordinaire), c’est la
relation qui s’établit. Tout de suite, un contact se fait depuis le
premier entretien; il peut être tactile, aussi au niveau du regard. Les
mots échangés sont puissants; nous ne nous connaissons pas et pourtant
tous ces moments sont très forts et viennent spontanément.
Il y a beaucoup de respect de notre part à l’égard de la personne,
beaucoup de dignité de sa part, de détermination aussi. C’est intense mais
sans bruit, avec calme et douceur. Les personnes (famille, amies, proches)
sont tristes, très émotionnées mais désireuses d’être là pour accompagner
jusqu’au bout, pour donner de l’amour, chacune à leur façon.
La personne prend le produit, s’endort très vite et s’éteint. Tout
doucement.
C’est la fin des douleurs, c'est la fin de ce drame !
Daphné et moi laissons le maximum d’intimité à ce groupe dont nous ne
faisons pas partie, mais sommes présentes pour les aider à passer ce cap.
Avec sérénité.
Après les formalités (police, médecin etc...), étant assurées que les
proches ne sont pas démunis dans leur désarroi et leur peine, qu’ils sont
entourés, nous partons.
Après, pour moi, c’est le retour à la normale, dans mes activités. Voir le
soleil ou la pluie, écouter un enfant rire, un 'ancien' sourire, le
quotidien, c’est la vie, telle qu'elle est !
Je ne suis pas croyante. Ma force, c’est
l’échange humain, un paysage, un morceau de musique, le rire.
Ma force, c’est aimer.
Et aimer, c’est aussi aimer l’autre qu’on ne connaît pas, une personne en
souffrance, qui vit un cauchemar et qui demande de l’aide.
Nous accompagnons. Tout simplement. Non, ce n’est pas difficile.
Pour moi, c’est évident !
Dominique Roethlisberger |