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Les accompagnatrices et les accompagnateurs

Altruisme, compassion, générosité, sensibilité et dévouement.
C'est ainsi que l'on pourrait décrire en quelques mots, les qualités principales des accompagnatrices et
des accompagnateurs de l'association EXIT A.D.M.D. Suisse romande.
Sans elles et sans eux, l'association n'existerait pas !

Qu'est-ce qu'une accompagnatrice (teur) ?
C'est une personne bénévole, qui lorsqu'une assistance a été acceptée par l'un des médecins-conseils de l'association,
se rend au domicile de la personne qui a demandé une autodélivrance, qui dialogue avec elle, qui l'assiste,
qui lui apporte la potion létale, qui l'accompagne jusqu'à son décès, qui soutient bien souvent aussi la famille
et qui se charge des formalités avec les services de police.

Comme vous pouvez l'imaginer, c'est une tâche difficile et éprouvante, que peu de personnes sont capables d'assumer.

Quelques accompagnatrices et accompagnateurs ont accepté de nous faire partager des moments poignants, d'autres nous
ont confié leurs motivations, leurs réflexions, leurs espoirs.

Cette nouvelle rubrique a été créée pour elles et pour eux, nous vous laissons la découvrir.
 



Une journée pas comme les autres !

Il est 6.30 h., je ne vois pas le jour entre les interstices des volets, j’en déduis donc que le temps est certai- nement exécrable en cette journée du début de l’automne. J’ai très peu dormi, comme toujours la veille d’un accompagnement, et j’ai la tête pleine de soucis, de tracas et de points d’interrogation.

Comme d’habitude je me demande si tout se passera bien, si la famille supportera courageusement cette séparation définitive, si la police viendra habillée en civil comme je le demande chaque fois, si le membre de notre association à accompagner sera serein, si…, si… si… ?

Tout en faisant ma toilette je repense aux entretiens que j’ai eus avec cette personne et avec sa famille. C’était très dur pour tout le monde. C’est une jeune femme atteinte d’une maladie dégénérative et qui ne supporte plus l’état de dépendance dans laquelle elle se retrouve à présent. J’ai de la peine à retenir mes larmes, elle est si jeune, elle a des enfants et son mari semble tellement perdu à l’idée de la voir mourir. Pourtant, tous ont respecté son choix et ont compris ses motivations. Je me dis que si je dois pleurer je ferais mieux de le faire maintenant plutôt que de fondre en larme devant elle.

A 8 h. j’arrive à la pharmacie pour prendre la préparation létale. Le pharmacien l’a déjà préparée et je lui suis très reconnaissante d’avoir accepté de faire cette préparation. Je sais que pour lui ça a été une décision difficile à prendre, en effet il ne s’agit pas d’un geste anodin, il a besoin lui aussi de beaucoup de courage puisqu’il sait à quoi sera utilisée sa préparation. Il voit ma mine défaite et me souhaite bon courage.

J’ai environ ¾ d’heures de route à faire, ce qui me laisse largement le temps de me préparer à affronter, encore une fois, la tristesse et le chagrin inhérent à un accompagnement. Cette fois je suis envahie par un sentiment de colère, un sentiment de profonde injustice car cette jeune femme aurait dû vivre heureuse, pouvoir élever ses enfants. Elle va tellement leur manquer.
A son mari aussi elle va beaucoup manquer, il l’aime de tout son cœur et appréhende son départ bien qu’il l’ait accepté.

Un accompagnement c’est toujours très difficile, il s’agit d’aider un être humain à mourir et même si c’est son souhait ce n’est pas simple. A chaque fois je me remets en question. A chaque fois je ressens la même peur, les mêmes angoisses. Il y a longtemps que je suis en paix avec ma propre mort mais lorsqu’il s’agit de celle d’une autre personne j’ai beaucoup de peine à accepter son départ vers l’inconnu. Mais, en fin de compte, j’ai choisi d’aider mes semblables de cette manière et j’assume plutôt bien mon choix. Il y a bien sûr quand même le fait que la mort d’un être humain ne peut pas me laisser indifférente et que je souffre lorsque je suis celle qui apporte « la petite potion » qui l’aidera à s’en aller dignement comme il l’a souhaité.

Absorbée par mes pensées j’ai «raté» la petite phrase métallique du GPS qui disait : «veuillez tourner à gauche à 200 mètres» et je me retrouve dans une impasse. Décidément je suis extrêmement stressée et pas assez attentive à ma conduite.

J’arrive enfin devant la maison de la personne que je dois accompagner. Je suis 5 minutes en avance, je reste donc dans ma voiture. En aucun cas je ne voudrais arriver plus tôt ou plus tard que l’heure fixée.

Lorsque je me retrouve dans la maison beaucoup de personnes sont présentes, je me sens mal à l’aise car je ne sais pas si, parmi les personnes présentes il y en a qui sont choquées par cette mort « programmée ».

Comme je le fais chaque fois, je m’approche de la personne à accompagner et lui pose LA QUESTION : êtes-vous sûre que c’est vraiment votre choix ? Et comme à chaque fois elle me répond oui avec toute la force et le courage qui lui restent.

Je lui demande aussi si elle a bien dormi et si elle est sereine. Et à chaque fois je reçois la même réponse, à savoir : « oui il y a longtemps que je n’avais pas dormi aussi bien et je suis tout à fait sereine ». Au fond de moi je la remercie pour ces paroles apaisantes qui me confortent dans l’idée que j’ai fait le bon choix en aidant ceux qui souffrent de cette manière.

Et comme à chaque fois, je l’aide à mourir dignement.

J’essaie de consoler, d’encourager ceux qui restent mais je suis bien consciente de mon impuissance face à leur chagrin.

Alors, une fois les formalités d’usages terminées je dis au revoir et je rejoins ma voiture.

Et je repars en pleurs en me disant que ce n’est pas un jour comme les autres.
                                                                                                                                                       Suzanne Pletti - 11.12.2009
                                                                                                                                          

Un moment difficile !

Je me lève, il est 6.15 h. J’ai très mal dormi, comme chaque fois avant un accompagnement. Je suis en pensées avec le patient, sa famille et espère de  tout cœur que tout se passera bien ...

J’ai fait la connaissance de cette jeune personne, entourée de ses parents et de son fiancé.

C’est une jeune infirmière atteinte d’un cancer foudroyant. Son état s’aggrave rapidement. Elle a gardé espoir jusqu’au bout et a fait tous les traitements possibles.

Malheureusement, il n’y a plus rien à faire. Etant du métier, elle sait comment cela se termine et ne désire en aucun cas finir sa vie dans des souffrances insupportables ou inconsciente. Alors, elle fait appel à EXIT A.D.M.D. Suisse romande.

Comme à chaque fois que je reçois un dossier et que j’en prends connaissance, je suis bouleversée. Je me mets à la place de la personne, de sa famille. Ce n’est jamais facile et chaque accompagnement est différent et unique.

Ce jour-là, j’ai de l’avance. Je lui téléphone pour l’avertir que je suis déjà là...elle me dit "venez vite, je n’en peux plus" !.
Ses parents, qui vont perdre leur fille unique, son fiancé et une amie m’accueillent.
Ils ont tous passé la dernière nuit auprès d’elle à regarder des films, se remémorer les bons moments, les souvenirs et à prendre congé.

Je me dis à chaque fois, quand je suis en route, tu seras forte, tu n’as pas le droit de pleurer vis-à-vis de la famille, mais là l’émotion me submerge. Il y a tant d'amour !
Je lui repose une dernière fois la question "êtes-vous certaine de vouloir partir" ? Et comme à chaque fois la réponse est un grand OUI.

Il est vrai que nous sommes toujours attendu(e)s avec impatience et reconnaissance !
Alors, je l’aide à mourir dignement, entourée de ses proches.

Pour la famille c’est toujours très difficile, je suis là aussi pour eux, pour les consoler et faire face à leur tristesse.

Une fois les autorités et les obligations légales terminées, je prends congé de la famille. Des fois elle désire que je reste encore pour parler, écouter. Et des fois elle a besoin de se retrouver seule, alors je les laisse. Je regagne ma voiture pour rentrer à la maison et je me remémore cette journée qui fût difficile ...
                                                                                                                                                          Gabriela Renaud


Une assistance au suicide dans un alpage

J'ai rencontré pour la première fois Monsieur B., lors d'une belle journée d'été, il avait élu domicile dans un alpage où il vivait seul, avec un minimum de confort, sans eau, ni électricité, son seul lien pour communiquer avec l'extérieur était un téléphone mobile (Natel), mais il m'a semblé heureux d'être là, puisqu'il m'a fait comprendre que ce serait à cet endroit qu'il souhaitait finir sa vie.

On m'avait prévenue que c'était un cas urgent, M. B., âgé de 60 ans, était atteint d'un cancer avancé de l'estomac, avec des métastases un peu partout, y compris dans le foie, mais il ne voulait pas de soins palliatifs.

Il vivait seul, aidé seulement par un ami qui lui faisait ses courses et son médecin qui venait le voir régulièrement.

Monsieur B. avait une apparence soignée, bien rasé, habillé correctement, en un mot, il ne se laissait pas aller, d'ailleurs, lorsque son état le permettait, il m'a expliqué qu'il rassemblait toutes ses forces et qu'il allait se laver dans une rivière, située à une centaine de mètres de son chalet.

Installé sur sa chaise à bascule, son endroit préféré, cet artiste peintre qui était attiré et influencé par le bouddhisme, était entouré de ses nombreux tableaux.

Il a été heureux de me montrer quelques-unes de ses œuvres et j'ai eu d'emblée un bon contact avec lui.

Malheureusement Monsieur B. qui avait attendu le plus longtemps possible souffrait de plus en plus, malgré les médicaments. Il n'arrivait d'ailleurs presque plus à manger et même boire devenait difficile. Compte tenu de son état, je n'ai pas été surprise lorsqu'il m'a demandé que cette assistance se fasse le plus rapidement possible.
Après un long entretien, j'ai pu me rendre compte de sa détermination et nous avons fixé, d'un commun accord, la date de son auto-délivrance.

3 jours plus tard, vers la fin du mois de juillet, je suis revenue le voir. Il était environ 9 heures, la journée était ensoleillée, l'endroit particulièrement resplendissant.
Imaginez ce que doit ressentir un peintre, qui sait qu'il regarde pour la dernière fois ce décor d'alpage exceptionnel, avec une luminosité particulière et des couleurs éclatantes !

Je lui ai demandé s'il souhaitait repousser cette date fatidique et attendre encore un certain temps, mais il m'a dit qu'il était vraiment arrivé au bout de sa résistance, qu'il était plus que jamais, déterminé, lucide et content que ce calvaire cesse enfin.
Il m'a expliqué qu'il était épuisé mais satisfait d'avoir réussi à se rendre jusqu'à la rivière, ce qui lui a permis de se laver. C'était important pour lui !

Deux personnes étaient présentes : son médecin traitant, que je félicite d'ailleurs d'avoir été là et un ami sur qui il avait toujours pu compter.

Monsieur B. m'a dit qu'il avait 3 souhaits :

- Avoir en face de lui, jusqu'à la dernière minute, l'un de ses tableaux, qui représentait 2 montagnes à chaque extrémité,
  rattachées l'une à l'autre par une corde, sur laquelle il y avait un vélo. Cette oeuvre symbolisait, à ses yeux, le passage
  de la vie à la mort.

- Mourir sur sa chaise à bascule, qu'il affectionnait tant.

- Que je lui donne rapidement la potion, car il ne voulait pas que cette attente soit trop longue.

Je lui ai donc donné l'anti vomitif, puis quelque temps après, j'ai préparé la potion létale, qu'il a bue sans hésitation.

Parmi les moments marquants que j'ai gardés en mémoire, une image est toujours présente, c'est celle de cet artiste qui accompagnait ses paroles par des gestes et qui, après nous avoir raconté quelques anecdotes, a levé sa main comme s'il
allait peindre une dernière fois et l'a posée ensuite sur l'autre, avant de s'endormir pour toujours !

Comme lors de chaque autodélivrance, je suis partie très éprouvée, mais avec la certitude d'avoir aidé un être humain, condamné par la maladie, à mourir paisiblement, comme il le souhaitait !

                                                                                                                                                            Christiane Boulay
 



Mon témoignage

Demain, comme d’autres fois, j’accompagnerai une personne (avec la Dresse Daphné Berner, bien connue).
Je le sais depuis plusieurs jours. Depuis que la date a été fixée, cela s’impose tranquillement à moi.
Je me prépare,comme Daphné, afin que le dossier soit prêt, pour la police, pour la justice, pour le médecin, en toute légalité, en toute transparence.
 

Nous rencontrons celle ou celui qui veut mourir une première fois, parfois deux.
Lorsque quelqu'un souhaite mourir c'est parce que sa qualité de vie est devenue exécrable, c'est parce que ses douleurs sont intenses et permanentes, c'est parce qu’il y a une telle dépendance dans toutes les sphères intimes qu’elle ou qu'il n’en peut plus !
Personnellement, je sais tout cela et je suis convaincue de cette notion de dignité dans ce dernier parcours : il me semble évident que chacun devrait pouvoir choisir quand et comment il souhaite mourir, lorsque la vie devient intolérable.

Demain, j’accompagnerai donc cette personne et je serai face à moi-même, en me disant : elle ne peut plus vivre ainsi. C’est elle qui l’a décidé et je la comprends.

La veille, je vis normalement. Il n’y a pas d’inquiétude particulière, ni de tension. Je veille à me coucher tôt pour être debout aux premières heures, au meilleur de ma forme.

Lorsque le jour se lève ; je me suis organisée pour être libre de tout engagement afin d’avoir le temps. Je suis sereine : je me dois d’y aller. Je ne suis pas inquiète.
Je vais chercher Daphné. Nous allons prendre le produit chez le pharmacien et nous partons à l’adresse que nous connaissons déjà.

Nous retrouvons alors la personne souffrante, la famille, les amis, parfois des soignants et quelquefois un religieux. Jusqu’au bout, la personne peut changer d’avis. Nous le lui redisons.

Ce qui est extraordinaire (dans le sens extra…ordinaire), c’est la relation qui s’établit. Tout de suite, un contact se fait depuis le premier entretien; il peut être tactile, aussi au niveau du regard. Les mots échangés sont puissants; nous ne nous connaissons pas et pourtant tous ces moments sont très forts et viennent spontanément.

Il y a beaucoup de respect de notre part à l’égard de la personne, beaucoup de dignité de sa part, de détermination aussi. C’est intense mais sans bruit, avec calme et douceur. Les personnes (famille, amies, proches) sont tristes, très émotionnées mais désireuses d’être là pour accompagner jusqu’au bout, pour donner de l’amour, chacune à leur façon.

La personne prend le produit, s’endort très vite et s’éteint. Tout doucement.
C’est la fin des douleurs, c'est la fin de ce drame !

Daphné et moi laissons le maximum d’intimité à ce groupe dont nous ne faisons pas partie, mais sommes présentes pour les aider à passer ce cap. Avec sérénité.

Après les formalités (police, médecin etc...), étant assurées que les proches ne sont pas démunis dans leur désarroi et leur peine, qu’ils sont entourés, nous partons.

Après, pour moi, c’est le retour à la normale, dans mes activités. Voir le soleil ou la pluie, écouter un enfant rire, un 'ancien' sourire, le quotidien, c’est la vie, telle qu'elle est !

Je ne suis pas croyante. Ma force, c’est l’échange humain, un paysage, un morceau de musique, le rire. Ma force, c’est aimer.
Et aimer, c’est aussi aimer l’autre qu’on ne connaît pas, une personne en souffrance, qui vit un cauchemar et qui demande de l’aide.

Nous accompagnons, tout simplement. Non, pour moi ce n’est pas difficile. C'est évident !

                                                                                                                                                                                            Dominique Roethlisberger

Mise à jour du : 30.04.2015 10:16