Expéditeur :


                                                                                                                                          Mme Eveline Widmer-Schlumpf
                                                                                                                                          Conseillère fédérale Palais fédéral ouest
                                                                                                                                          CH-3003 Berne
 


                                                                                                                                          Date :


Concerne : La proposition de modification de l’article 115 du CPS pour une réglementation de l'assistance
                  organisée au suicide

Madame la Conseillère fédérale,

Dans le but de réglementer l’assistance au suicide, vous avez mis en consultation une proposition de modification de l’article 115 du CPS.

Je suis membre d’EXIT A.D.M.D. Suisse romande et à ce titre très concerné(e). Je n’approuve pas du tout vos propositions, bien au contraire, elles me désolent et pour ne rien vous cacher, elles me font peur. Ce qui me fait peur ?

- C’est d’abord la future mise sous tutelle du citoyen. Celui qui osera s’ouvrir à son médecin de son désir d’en finir avec la vie deviendra aussitôt suspect et sa capacité de discernement sera mise en doute s’il sollicite une assistance au suicide. Aujourd’hui, si j’accepte une chimiothérapie, une chirurgie mutilante, personne ne se pose de questions. Je peux me marier, divorcer, me remarier, porter plainte, ester en justice, hypothéquer mon bien, engager mon 2ème pilier, tout cela est admis. Mais demain, dans l’éventualité où j’affirmerais mon désir «d’en rester là», de ne pas me battre contre une maladie et même mon souhait «d’en finir», le médecin devra tout à coup se demander si je n’ai pas perdu la tête ? Quelle remise en cause de mon autonomie !

- C’est ensuite l’exigence d’un deuxième avis médical, par un médecin indépendant de l’organisation d'assistance au suicide, lequel devra attester que le suicidant souffre d’une maladie incurable. Les médecins d'EXIT travaillent autant que possible en stricte collaboration avec le médecin traitant; donc 2 avis médicaux précèdent la décision d'accompagnement. Pourquoi vous méfiez-vous tant des médecins qui seraient membres de l’association ? Il y a plus de 15'000 membres d’EXIT en Suisse romande et plus de 50'000 membres en Suisse alémanique. Tous ces citoyens n’ont pas tous perdu leur bon sens. Les médecins ayant adhéré à EXIT ne sont-ils pas des médecins comme les autres ? Peut-être écoutent-ils vraiment leurs patients et cela seul suffit à les rendre suspects à vos yeux. Je ne comprends pas du tout vos préventions à cet égard.

- C’est enfin votre proposition de limitation d’une «intervention» de l'association EXIT A.D.M.D. à la condition de l’existence d’une maladie dont l’issue est fatale «à brève échéance». Comment et par qui cette «brève échéance» sera-t-elle déterminée ?

Tout ceci est totalement inacceptable !

J’ai adhéré à EXIT parce que j’estime être seul(e) habilité(e) à décider si mes conditions de vie sont acceptables ou non dans certaines circonstances. Je pense notamment à une grave invalidité suite à un accident ou à une éventuelle maladie neurologique dégénérative progressive. Actuellement, je peux aussi compter sur EXIT si dans l’hiver de ma vie je préfère convoquer ma mort plutôt que de faire face à un long séjour en EMS en raison de polypathologies invalidantes progressives et incurables. Pourquoi voulez-vous m’ôter cette possibilité ? Pourquoi devrais-je abandonner l’idée de pouvoir quitter doucement la vie si je n’en veux plus ? En l’état, votre projet me condamnera à subir pendant très longtemps des soins que je ne souhaiterais plus subir.

Le médecin ne doit-il pas écouter son patient, entendre sa volonté, respecter son droit à l’autodétermination ?

Madame la Conseillère fédérale, votre proposition me paraît presque contraire à l’éthique médicale. En tous les cas, elle constitue malheureusement une voie royale vers l‘acharnement, institutionnel, thérapeutique ou palliatif, peu importe les qualificatifs.

Enfin, elle inscrit clairement et sans ambiguïté la mise sous tutelle médicale - voire psychiatrique - des personnes qui souhaitent pouvoir choisir de mourir de la façon qu’elles considèrent comme la plus digne pour elles. En un mot, votre projet me vole ma liberté, ma dernière liberté.

J’espère que vous prendrez en compte l’avis du citoyen ici exprimé et renoncerez à cette modification législative. Veuillez croire, Madame la Conseillère fédérale, à l’expression de ma considération et de mes salutations très cordiales.

                                                                                                                                       Signature :